Le droit international est clair : la guerre contre l’Iran est illégale

Le mythe de l’action « préventive »
Les États-Unis et Israël ont présenté leur action militaire contre l’Iran comme une série de « frappes préventives », supposément destinées à neutraliser des menaces imminentes du régime iranien et à empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires.
Un tel argument, largement relayé par une grande partie des médias occidentaux, peut sembler plausible à première vue. Cependant, un examen rigoureux montre que ces opérations ne peuvent raisonnablement être qualifiées de préventives, ni être justifiées comme des actes de légitime défense au regard du droit international. La situation juridique est sans équivoque : la guerre initiée par l’administration Trump contre l’Iran est illégale.
Avant d’examiner la légalité du recours à la force, il convient toutefois de rappeler un élément souvent absent du débat public. Au début des années 2000, le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a émis une fatwa déclarant que le développement, la possession et l’utilisation d’armes nucléaires étaient contraires à l’islam. Les autorités iraniennes ont répété pendant des années que cette interdiction religieuse constituait une limite contraignante pour l’État iranien. Jusqu’aux événements que les médias officiels décrivent comme sa mort, Khamenei était présenté par le gouvernement iranien lui-même comme le principal garant du fait que l’Iran ne développerait pas d’arme nucléaire pour des raisons doctrinales et morales, et non simplement stratégiques. Ce contexte est pertinent pour évaluer les allégations actuelles concernant l’imminence d’une menace nucléaire iranienne.
Le cadre juridique du droit international
La Charte des Nations unies interdit strictement l’usage unilatéral de la force par les États, sauf dans deux situations très précises :
- lorsque l’usage de la force a été autorisé par le Conseil de sécurité de l’ONU ;
- lorsqu’il est exercé en légitime défense.
Ni les États-Unis ni Israël n’ont demandé ni obtenu l’autorisation du Conseil de sécurité avant de lancer les attaques de samedi. Par conséquent, la légitime défense constitue la seule justification possible au regard du droit international. Analysée à la lumière des faits, cette justification ne tient pas.
L’invocation du droit d’Israël à la légitime défense
Israël soutient qu’on ne peut pas lui demander d’attendre que l’Iran soit en mesure de lancer une attaque nucléaire avant d’agir en légitime défense. Le droit international permet effectivement la légitime défense anticipée dans des circonstances très limitées, notamment lorsqu’une attaque armée est déjà en cours. Par exemple, si l’Iran lançait un missile balistique, Israël aurait le droit de l’intercepter avant qu’il n’atteigne sa cible. Une telle interception constituerait une légitime défense anticipée licite.
Cependant, le droit international distingue clairement cette forme d’anticipation légitime de l’usage préventif ou précautionnel de la force, qui n’est pas autorisé.
L’autodéfense préventive et ses limites
L’autodéfense préventive se produit lorsqu’un État affirme qu’une menace imminente existe, même si l’attaque n’a pas encore commencé, et décide de frapper en premier afin de la prévenir. Dans ce cas, Israël affirme que l’Iran représentait une menace imminente justifiant une première attaque.
Ce raisonnement pose problème. De nombreux États se méfient des intentions d’autres États. Si la perception subjective d’une menace imminente suffisait, plusieurs pays du Moyen-Orient pourraient invoquer le même droit pour attaquer Israël de manière préventive. De plus, il n’existe aucun mécanisme fiable permettant de vérifier de manière indépendante si cette menace imminente était réelle.
Selon Reuters, l’attaque avait été planifiée pendant des mois et la date précise avait été fixée plusieurs semaines à l’avance. Cela affaiblit considérablement l’argument selon lequel une attaque iranienne était si imminente qu’elle nécessitait une réponse immédiate. Il existe un débat académique sur la frontière exacte entre interception licite et préemption illicite. Les États de la Majorité globale adoptent généralement une interprétation stricte : sauf si l’attaque est effectivement en cours, l’usage de la force est illégal. De nombreux États du Nord global défendent une interprétation plus flexible, selon laquelle l’usage de la force pourrait être licite si l’attaque est « imminente », même si elle n’a pas encore commencé.
Le problème réside dans la définition de ce que signifie « imminent ». En théorie, cela pourrait inclure des situations où les préparatifs d’une attaque sont clairement identifiables, même si les armes n’ont pas encore été lancées, comme la découverte de préparatifs militaires allemands peu avant le début de la Blitzkrieg. En pratique, cependant, cette marge d’appréciation se prête facilement aux abus. Un exemple bien connu est l’affirmation américaine selon laquelle l’Irak préparait une attaque « imminente » au moyen d’armes de destruction massive supposées.
Pour cette raison, les États de la Majorité globale rejettent catégoriquement l’usage de la force préventive. Les preuves soutenant les allégations d’imminence peuvent être falsifiées ou maintenues secrètes au nom de la « sécurité nationale ». Lorsqu’un État estime qu’une action préventive est nécessaire, il devrait présenter ses preuves devant le Conseil de sécurité de l’ONU et demander son autorisation.
Sans ce contrôle, l’autodéfense préventive risque de devenir une simple justification juridique du réalisme politique. Les États les plus puissants pourraient attaquer les plus faibles à volonté, tandis que ces derniers ne disposeraient d’aucun droit équivalent. Dans un tel scénario, la puissance remplacerait le droit.
L’autodéfense préventive face à des menaces futures
L’autodéfense préventive au sens large doit être distinguée de la préemption. Elle renvoie à l’usage de la force contre une menace potentielle future qui pourrait se matérialiser à un moment indéterminé.
C’est essentiellement l’argument actuellement utilisé par les États-Unis et Israël à propos de l’Iran, quelle que soit la terminologie employée dans le discours public. La thèse est que l’Iran pourrait développer des armes nucléaires à l’avenir et éventuellement les utiliser contre Israël, et qu’il serait donc préférable d’agir de manière préventive.
Cependant, aucune preuve n’indique que l’Iran était proche de développer une arme nucléaire. En réalité, il y a à peine huit mois, Donald Trump déclarait publiquement que les principales installations d’enrichissement nucléaire de l’Iran avaient été « complètement et totalement anéanties » après la participation américaine à la guerre de douze jours menée par Israël contre le pays. Il a répété cette affirmation aussi récemment que la semaine dernière, lors de son discours sur l’état de l’Union, affirmant que les États-Unis avaient « anéanti le programme d’armes nucléaires iranien par une attaque sur le sol iranien ».
Quoi qu’il en soit, l’autodéfense préventive est illégale au regard du droit international. Les États ne disposent pas d’un chèque en blanc pour décider quels autres États pourraient constituer une menace future. La Chine ne peut pas envahir Taïwan de manière préventive, pas plus que la Russie ne peut envahir la Finlande de manière préventive.
L’intervention humanitaire au nom du peuple iranien
Les États-Unis ont également affirmé avoir agi en légitime défense au nom du peuple iranien, invoquant une justification humanitaire pour l’usage de la force.
L’usage de la force pour des motifs exclusivement humanitaires, sans autorisation de l’ONU, n’est pas reconnu comme une justification légale en droit international. Certains États ont défendu ce raisonnement par le passé, comme la Belgique lors de la campagne de bombardements de l’OTAN contre la Serbie en 1999, ou le Royaume-Uni après l’utilisation d’armes chimiques par la Syrie en 2018. Toutefois, ces positions restent profondément controversées.
Les États de la Majorité globale ont constamment rejeté les « interventions humanitaires », estimant que les États du Nord global ne sont pas des acteurs fiables lorsqu’ils prétendent agir pour des raisons véritablement humanitaires. Ils soulignent notamment l’absence d’intervention dans des situations où les intérêts occidentaux n’étaient pas en jeu, comme au Rwanda en 1994, ou dans des cas où ces intérêts coexistaient avec des atrocités massives, comme à Gaza depuis 2023.
Le concept même d’« humanité » est donc contesté. Certaines populations ne sont pas traitées comme pleinement humaines par ceux qui disposent du plus grand pouvoir d’intervention. Cela soulève une question inévitable : pourquoi l’Iran aujourd’hui et pas Gaza hier ?
Pourquoi la Charte de l’ONU rejette cette logique
Les rédacteurs de la Charte des Nations unies avaient précisément anticipé ce type d’abus. Adolf Hitler justifia son intervention en Tchécoslovaquie en affirmant vouloir protéger la population allemande. La Russie a utilisé des arguments similaires en Géorgie et en Ukraine. Les États-Unis l’ont fait en Irak et maintenant en Iran. Aucun de ces cas ne constituait une justification sincère.
Si une puissance militaire estime de bonne foi que l’usage illégal de la force est nécessaire pour défendre une valeur morale supérieure, elle doit assumer les conséquences juridiques d’agir en dehors du droit. Prétendre agir légalement sans autorisation de l’ONU revient simplement à transformer le discours humanitaire en un autre instrument du réalisme politique.
Lors de l’annonce des attaques de samedi, Trump a explicitement indiqué que l’objectif était un changement de régime. Dans son message adressé au peuple iranien, il a déclaré : « Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il sera à vous de le faire. » Par la suite, les médias d’État iraniens ont annoncé que le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, était mort dans les attaques conjointes menées par les États-Unis et Israël.
À ce cadre s’ajoute une dimension supplémentaire largement discutée dans les analyses et certaines fuites d’informations : l’idée que, dans une phase initiale, la CIA et Israël auraient misé sur une stratégie de pression interne visant un changement de régime en Iran, fondée sur l’attente de mobilisations massives qui forceraient la chute du système politique. Cette hypothèse reposait sur l’idée que de larges segments de la société iranienne répondraient à des appels extérieurs pour descendre dans la rue et renverser le régime. Cependant, cette lecture reflétait une compréhension insuffisante du contexte iranien, de sa culture politique et de ses dynamiques sociales, où l’intervention étrangère tend à renforcer les réflexes nationalistes, y compris parmi les secteurs critiques du pouvoir.
Le résultat observé, selon les images, les déclarations officielles et les réactions régionales, semble aller dans la direction opposée à celle attendue par les partisans de cette hypothèse. Au lieu d’une fracture sociale menant à l’effondrement du régime, des mobilisations massives motivées par la colère et le deuil ont eu lieu, encadrées par un récit d’agression extérieure après les événements que les médias d’État iraniens attribuent à la mort du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Des dynamiques similaires de protestation et de mobilisation symbolique ont également été observées en Irak, au Liban, au Pakistan et dans d’autres États, où la perception d’une agression contre l’Iran a agi comme un catalyseur politique. Loin d’affaiblir le réseau régional associé à Téhéran, ces événements semblent avoir renforcé, au moins à court terme, la cohésion narrative et la mobilisation transnationale autour de la confrontation.
Verdict juridique
L’attaque menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran est illégale au regard du droit international. Les médias qui répètent sans esprit critique la narration américaine d’une action préventive ou humanitaire ne respectent même pas les standards les plus élémentaires de vérification des faits.
Khalil Sayyad Hilario
Fondateur & CEO SAHCO Consulting
Madrid, 3 mars 2026
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